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Guerre du M23 : Kigali admet une collaboration sécuritaire, Kinshasa y voit la confirmation d’une responsabilité directe dans les massacres à l’Est de la RDC

La République démocratique du Congo estime avoir obtenu une confirmation majeure de son narratif sur la guerre dans l’Est du pays. Pour la première fois, le Rwanda a officiellement reconnu entretenir une « collaboration sécuritaire » avec le mouvement armé AFC-M23, justifiée par Kigali comme une nécessité pour prévenir une prétendue « insurrection génocidaire transfrontalière ».

Pour les autorités congolaises, cet aveu constitue bien plus qu’un simple repositionnement diplomatique : il confirme que l’AFC-M23 agit comme un mouvement supplétif du Rwanda sur le territoire congolais, mettant ainsi fin aux dénégations répétées de Kigali sur son implication directe dans le conflit.

Une reconnaissance lourde de conséquences politiques et judiciaires

Selon Kinshasa, cette admission équivaut à une reconnaissance indirecte des crimes de masse attribués au M23 depuis sa résurgence. Le gouvernement congolais considère que toute collaboration sécuritaire avec un groupe armé accusé de graves violations des droits humains engage la responsabilité de l’État qui le soutient.

Les autorités congolaises rappellent notamment plusieurs massacres documentés dans les zones occupées ou traversées par l’AFC-M23 :

À Kishishe, plus de 172 civils auraient été massacrés.

À Binza, dans le territoire de Rutshuru, plus de 300 civils auraient perdu la vie.

À Karuli et Kalake, dans le territoire de Nyiragongo, plus de 200 civils auraient été tués.

Dans le groupement de Tongo, ainsi que dans les localités de Bambo, Bukombo, Mutanda et Bishusha, plus de 2.500 civils auraient été massacrés, accompagnés d’incendies massifs d’habitations dans la chefferie de Bwito depuis décembre 2022.

À Goma, le gouvernement congolais évoque la mort d’environ 10.000 civils en l’espace de trois jours, lors des violences attribuées à l’occupation et aux combats.

Lors de la progression vers Uvira, plus de 1.500 civils auraient été tués.

Le conflit aurait également provoqué le déplacement forcé de plus d’un million de civils, aggravant une crise humanitaire déjà critique.

Kinshasa appelle à une réponse internationale ferme

Face à ces chiffres, le gouvernement congolais estime que la reconnaissance rwandaise ne peut rester sans conséquences. Kinshasa appelle la communauté internationale, les Nations unies et les mécanismes judiciaires internationaux à tirer toutes les implications de cet aveu, tant sur le plan politique que judiciaire.

Pour la RDC, la question n’est désormais plus celle de la preuve de l’implication étrangère, mais celle de la responsabilité et de la justice pour les victimes civiles de l’un des conflits les plus meurtriers du continent africain.

Mike Kaniki