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Goma : quand le M23 tente de blanchir ses crimes par une mise en scène funéraire

Alors que la ville de Goma demeure profondément meurtrie par des violences répétées contre les civils, une nouvelle opération de communication attribuée à la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda, suscite une vive inquiétude parmi les acteurs sécuritaires et la société civile locale.

Selon des informations concordantes émanant de sources sécuritaires et locales jugées fiables, les rebelles du M23 prépareraient l’organisation de cérémonies funéraires publiques dans la ville de Goma. Officiellement présentées comme des hommages aux victimes civiles, ces cérémonies auraient en réalité pour objectif d’imputer aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) la responsabilité de tueries survenues dans des zones pourtant sous contrôle rebelle.

Derrière l’apparence d’un acte de compassion, cette initiative s’inscrirait dans une stratégie de propagande minutieusement planifiée. Elle viserait à redorer l’image du M23 sur la scène nationale et internationale, tout en ternissant celle de l’armée congolaise, dans un contexte de guerre où l’information est devenue une arme à part entière.

Toujours selon les mêmes sources, plusieurs corps de civils conservés dans différentes morgues de Goma, ainsi que d’autres victimes tuées dans des zones occupées par le M23/RDF, auraient été délibérément retenus. Dans ces territoires sous occupation depuis plusieurs mois, les familles auraient été interdites d’organiser des veillées funèbres ou des enterrements, les dépouilles étant maintenues dans l’attente d’une mise en scène collective soigneusement orchestrée.

L’objectif serait de rassembler ces corps dans un lieu public afin de tenir une cérémonie présentée comme un geste humanitaire, tout en laissant entendre — à tort — que ces civils auraient été tués par les FARDC. Pourtant, plusieurs de ces victimes auraient péri dans des zones entièrement contrôlées par les rebelles eux-mêmes.

Parmi les corps annoncés figureraient notamment les huit victimes du récent bombardement de Masisi-centre, un épisode déjà largement instrumentalisé dans la guerre de communication qui accompagne le conflit armé dans l’est de la RDC.

À travers cette opération, le M23 chercherait à imposer un récit bien précis : celui d’une armée congolaise dépeinte comme « brutale » et ciblant volontairement des civils, en particulier issus de la communauté tutsie, tandis que la rébellion tenterait de se présenter comme un acteur « protecteur » et « humanitaire ».

Une lecture largement contestée par de nombreux observateurs indépendants et organisations de défense des droits humains. Ceux-ci rappellent que le M23 est régulièrement mis en cause par les Nations unies pour des exactions contre les civils, l’instauration d’une gouvernance parallèle et de graves violations des droits humains dans les zones qu’il occupe. Soumis à plusieurs sanctions internationales, le mouvement rebelle chercherait aujourd’hui à se repositionner comme un prétendu libérateur, profitant de mois d’occupation de territoires congolais.

Les informations disponibles indiquent également que cette mise en scène funéraire serait accompagnée d’une mobilisation anticipée de médias locaux, de relais sur les réseaux sociaux, de communicateurs attitrés du mouvement ainsi que de soutiens médiatiques à l’international. Cette synchronisation viserait à imposer rapidement un récit émotionnel fort, avant toute vérification indépendante, en exploitant la sensibilité légitime autour des pertes civiles.

Pour plusieurs acteurs de la société civile, cette initiative soulève une question fondamentale et profondément humaine : peut-on réellement parler d’hommage aux victimes lorsque leurs familles ont été privées du droit élémentaire au deuil, à la vérité et à l’enterrement digne de leurs proches ?

Dans un conflit où la manipulation de l’information devient aussi destructrice que les armes, la vigilance et la vérification indépendante demeurent plus que jamais indispensables.

Mike Kaniki