Un nouveau bain de sang a frappé le territoire de Walikale (Nord-Kivu). Des dizaines de civils ont péri dans une attaque nocturne attribuée à une coalition de milices. L’ampleur des violences relance les interrogations sur l’efficacité des opérations de l’État et la protection des populations dans l’Est de la RDC.
Goma / Walikale, 26 septembre 2025. Dans la nuit du 25 au 26 septembre, une attaque d’une rare violence a déchiré plusieurs villages du territoire de Walikale. Selon un bilan établi par des organisations humanitaires présentes dans la région,
au moins 42 civils — dont 15 femmes et 7 enfants — ont été tués. Des maisons ont été incendiées, des récoltes détruites et plusieurs dizaines de personnes sont toujours portées disparues.
Les premiers témoignages décrivent une offensive rapide, menée par des hommes lourdement armés qui ont surgi après minuit. « Ils tiraient sans distinction », raconte par téléphone Jean-Bosco Kambale, un rescapé hébergé dans un camp improvisé. « Nous avons couru vers la brousse. Beaucoup ne sont jamais revenus. »
Les autorités provinciales évoquent une coalition informelle mêlant des éléments des FDLR et des groupes Maï-Maï locaux. L’objectif apparent : renforcer le contrôle de corridors menant aux sites miniers artisanaux de cassitérite et de coltan, précieux pour les circuits du commerce informel.
Le gouverneur du Nord-Kivu a fait paraître un communiqué appelant au calme et annonçant l’envoi de renforts militaires. « Nous condamnons ces crimes et nous engageons à retrouver et traduire les auteurs en justice », a déclaré le gouverneur. Sur le terrain, cependant, des habitants déplorent des délais d’intervention trop longs et un manque de coordination entre les FARDC et les forces locales. La MONUSCO a condamné l’attaque et annoncé l’envoi d’une équipe d’évaluation. Les ambassades européennes à Kinshasa, ainsi que l’Union africaine, ont appelé à une enquête indépendante et au renforcement de la protection civile. Mais les appels n’apaisent pas la douleur des familles : les hôpitaux de Goma et des localités voisines croulent sous l’afflux de blessés, tandis que les ONG alertent sur des besoins urgents en abris, nourriture et soins.
« Nous sommes face à une urgence humanitaire », alerte Marie-Therese Nkanga, coordinatrice d’une ONG locale. « Des enfants sont séparés de leurs parents, des villages entiers ont été vidés. Il faut des soins, des tentes, des kits d’hygiène. »
Walikale illustre, une fois de plus, la difficulté à briser un cycle de violence où la compétition pour les ressources, le clientélisme armé et l’impunité s’alimentent mutuellement. Des experts en sécurité rappellent que la militarisation ponctuelle des zones minières alimente des flux illégaux qui enrichissent des réseaux transnationaux, tout en fragilisant l’autorité de l’État.
« Tant qu’il n’y aura pas de contrôle réel des sites miniers et des circuits commerciaux, ces attaques continueront », commente le Dr. Paul Mbuyi, analyste indépendant. « Les réponses militaires sont nécessaires mais insuffisantes sans gouvernance locale et alternatives économiques pour les jeunes. » Sur place, la demande est simple et pressante : protection, justice et réparation. Les populations réclament l’envoi durable de troupes formées au respect des droits humains, la mise en place de mécanismes de contrôle des minerais et, surtout, des mesures pour réinstaller durablement les déplacés et reconstruire les moyens de subsistance. Des familles déplacées attendent désormais un soutien immédiat. Les ONG demandent l’ouverture de corridors humanitaires et la mise en place d’un mécanisme de protection supervisé par les institutions nationales et internationales.
