Bukavu, capitale du Sud-Kivu, est le théâtre d’une recrudescence d’incursions et de pillages. La société civile tire la sonnette d’alarme : les habitants se sentent abandonnés et la situation économique locale se dégrade sous l’effet de l’insécurité.
Bukavu, 26 septembre 2025.
Depuis plusieurs jours, les quartiers nord de Bukavu — Kadutu, Bagira et Nyawera — font l’expérience d’une série d’incursions nocturnes et d’attaques ciblées. Les organisations de la société civile font état d’au moins 12 attaques recensées en cinq jours, ayant causé la mort d’au moins 8 personnes et fait plus d’une trentaine de blessés. Les commerces ont été pillés, les routes commerciales intermittentes et la peur installe un climat d’émigration interne.
« Les nuits sont devenues insoutenables », confie Jacques Bahati, commerçant. « Nous avons perdu des stocks, nos familles dorment avec peu de nourriture. »
Ces bandes seraient constituées d’anciens Maï-Maï, de déserteurs et de réseaux de trafiquants qui exploitent la porosité frontalière avec le Rwanda et le Burundi. Le mode opératoire : embuscades sur les axes routiers, saisies de véhicules de commerce et rackets des artisans.
Les acteurs locaux pointent aussi la responsabilité de réseaux de corruption qui facilitent la circulation des armes et la complicité de certains acteurs qui profitent du statut.
Le gouverneur du Sud-Kivu, Théo Ngwabije, a annoncé le déploiement d’unités militaires supplémentaires et la tenue de réunions de coordination avec les forces de police. « Nous allons restaurer l’ordre », a-t-il assuré. Mais sur le terrain, le déploiement tarde à produire ses effets, et certains habitants manifestent leur scepticisme quant à l’efficacité d’opérations ponctuelles.
Des voix de la société civile demandent, au-delà du renfort militaire, des programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) plus ambitieux et rapides, ainsi que des programmes sociaux pour détourner les jeunes du recrutement par la force.
Les attaques perturbent l’agriculture et le commerce local : hausse des prix alimentaires, raréfaction des carburants et afflux de déplacés vers des centres urbains déjà saturés. Le coût économique de l’insécurité commence à peser lourd sur les ménages et sur les recettes commerciales de la province.
« Une économie locale affaiblie alimente la violence : c’est un cercle vicieux », observe Dr. Solange Mbala, économiste régionale. « Sans restauration durable de la sécurité, l’investissement local et régional fuira. » Les ONG sur place demandent une aide d’urgence et une coopération renforcée entre Kinshasa, les États voisins et les partenaires internationaux. Les ONG plaident pour des appuis logistiques, des cliniques mobiles et des financements pour les activités génératrices de revenus destinées aux jeunes.
