Le gouvernement congolais a placé la réduction et la maîtrise de la masse salariale au cœur de ses réformes économiques. Dans un contexte de tensions sociales et d’attentes fortes de la population, la RDC cherche à équilibrer sa politique budgétaire entre investissement productif et obligations sociales, sous la surveillance des bailleurs de fonds.
Kinshasa, 25 septembre 2025.
La République démocratique du Congo est engagée dans une bataille décisive pour l’équilibre de ses finances publiques. Selon les dernières données du ministère des Finances, plus de 55 % du budget national est absorbé par les dépenses liées aux rémunérations de la fonction publique et des forces de défense et de sécurité. Ce niveau, jugé « intenable » par plusieurs partenaires techniques, limite la capacité de l’État à financer des infrastructures, la santé et l’éducation.
« Nous devons rompre avec la logique de dépenses improductives, tout en préservant la stabilité sociale et la motivation des agents publics », a déclaré ce lundi Nicolas Kazadi, ministre des Finances, lors d’un atelier de concertation avec les syndicats. L’exécutif a annoncé une série de mesures visant à optimiser la masse salariale, dont :
- la digitalisation des paiements pour éliminer les doublons et les agents fictifs ;
- un recensement biométrique complet de la fonction publique d’ici mars 2026 ;
- la création d’un cadre de dialogue permanent avec les syndicats pour anticiper les tensions sociales.
Historiquement, la masse salariale en RDC a toujours été un sujet sensible. Après des décennies de gestion opaque et de clientélisme politique, la fonction publique compte plus de 2,2 millions d’agents, dont certains ne disposent pas de dossiers administratifs complets.
Le FMI et la Banque mondiale, qui soutiennent le pays via des programmes de réformes, insistent sur l’importance de la transparence :
« Le gouvernement doit mettre fin aux gaspillages et réorienter les ressources vers l’investissement productif, sans quoi la croissance ne profitera pas à la population », explique Marie-Laure Nsoni, économiste régionale du FMI.
La situation est d’autant plus délicate que le pays a enregistré une croissance estimée à 6,8 % en 2024, tirée par l’exploitation minière (cobalt, cuivre, lithium), mais avec une inflation persistante de 15 %, qui fragilise le pouvoir d’achat des ménages. Les enseignants, médecins et militaires réclament régulièrement des augmentations pour compenser la hausse du coût de la vie.
Pour le président Félix Tshisekedi, qui entame son second mandat, la question de la masse salariale est autant politique qu’économique.
Une réduction brutale des effectifs ou des salaires risquerait de provoquer une explosion sociale, particulièrement à l’approche des élections locales prévues pour fin 2026.
« Nous devons agir avec prudence, car toucher aux rémunérations, c’est toucher à la survie des familles congolaises », a averti Jean-Pierre Lihau, vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique.
Cependant, la communauté internationale exige des résultats rapides. Lors de son discours à l’Assemblée générale de l’ONU, Tshisekedi a réaffirmé sa volonté de moderniser la gouvernance économique, en présentant la réforme salariale comme un levier de souveraineté budgétaire.
La RDC n’est pas un cas isolé.
- En Kenya, la masse salariale représente 35 % du budget national.
- En Afrique du Sud, elle atteint 33 %.
Le seuil recommandé par l’Union africaine est de 30 % maximum pour permettre un équilibre budgétaire durable. - Avec ses 55 %, la RDC se situe largement au-dessus, ce qui illustre l’urgence d’agir.
Cette réforme est un test majeur pour l’administration Tshisekedi. Si elle réussit, elle pourrait restaurer la crédibilité financière du pays, attirer davantage d’investissements et libérer des fonds pour des projets d’infrastructure.
En revanche, un échec risquerait de plonger la RDC dans une spirale d’endettement et de tensions sociales.
Comme le résume Patrick Bondo, professeur d’économie à l’Université de Kinshasa :
« La réforme de la masse salariale est la mère de toutes les batailles économiques en RDC. Sans elle, le pays ne pourra jamais financer son développement. »
