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Mondiaux de cyclisme 2025 au Rwanda : une vitrine sportive sous les projecteurs des critiques

Le Rwanda accueille pour la première fois les Championnats du monde de cyclisme sur route, un événement historique pour l’Afrique. Si le pays se présente comme un modèle d’organisation et de modernisation, plusieurs ONG dénoncent une utilisation politique du sport par le régime du président Paul Kagame, sur fond de violations des droits humains.

Kigali, 25 septembre 2025.

Sous un ciel radieux et devant des milliers de spectateurs enthousiastes, Kigali a donné le coup d’envoi des Mondiaux de cyclisme 2025, un événement inédit sur le continent africain.

Avec la participation de plus de 1 200 cyclistes issus de 75 pays, ces championnats sont considérés comme une étape majeure dans la promotion du cyclisme en Afrique et un symbole du développement sportif voulu par le gouvernement rwandais.

Le président Paul Kagame, présent à la cérémonie d’ouverture, n’a pas caché sa fierté :

« Cet événement prouve que l’Afrique peut organiser des compétitions de niveau mondial. Le Rwanda est prêt à inspirer une nouvelle génération de sportifs et de leaders », a-t-il déclaré dans un discours retransmis en direct à la télévision nationale.

C’est la première fois que les Championnats du monde de cyclisme sur route se tiennent en Afrique, marquant un tournant pour la Fédération internationale de cyclisme (UCI).La compétition se déroule sur plusieurs circuits reliant Kigali, Musanze et les collines verdoyantes du nord du pays, offrant un décor spectaculaire mais exigeant pour les athlètes.

Le président de l’UCI, David Lappartient, a salué cette étape historique :

« Le Rwanda offre une organisation exemplaire et des parcours qui mettront les coureurs à l’épreuve. C’est une avancée majeure pour la mondialisation de notre sport. »

Parmi les nations favorites figurent la Belgique, la France, l’Italie et les Pays-Bas, mais plusieurs équipes africaines, dont l’Afrique du Sud, l’Érythrée et le Rwanda, espèrent créer la surprise.

Pour le Rwanda, ces Mondiaux représentent bien plus qu’une simple compétition sportive.

Le gouvernement espère attirer plus de 50 000 visiteurs internationaux, dynamisant le secteur du tourisme et stimulant l’économie locale.

Des infrastructures modernes ont été construites ou rénovées, notamment des routes et des hôtels, avec un budget estimé à 150 millions de dollars.

Dans le centre-ville de Kigali, les commerçants se réjouissent déjà.

« Depuis le début de la semaine, nous avons beaucoup plus de clients. C’est une grande opportunité pour nos affaires », confie Grace Mukamana, propriétaire d’un restaurant près de l’Arena BK.

Les autorités comptent également sur la visibilité médiatique mondiale pour renforcer l’image du Rwanda comme destination sûre et moderne, surnommée « le Singapour de l’Afrique ».

Dans un rapport publié la veille de l’ouverture, Human Rights Watch dénonce des arrestations arbitraires, des restrictions à la liberté d’expression et des répressions violentes contre l’opposition politique.

« Ces Mondiaux sont une vitrine soigneusement mise en scène. Pendant que les caméras filment les coureurs, des voix critiques sont réduites au silence », déclare Lewis Mudge, directeur de HRW pour l’Afrique centrale.

Le gouvernement rwandais rejette ces accusations, affirmant que l’événement est « avant tout sportif » et que la sécurité renforcée vise uniquement à protéger les participants et les spectateurs.

Sur le plan sportif, plusieurs coureurs africains attirent l’attention, notamment le Rwandais Moise Mugisha, considéré comme l’espoir du pays pour décrocher une médaille, et l’Érythréen Biniam Girmay, déjà vainqueur d’étapes sur le Tour de France.

« Courir devant mon public est un rêve. Nous voulons montrer que le cyclisme africain a un avenir », confie Mugisha lors d’une conférence de presse.Les équipes européennes restent favorites, avec des stars comme Remco Evenepoel (Belgique) et Tadej Pogacar (Slovénie), mais les conditions particulières des parcours rwandais pourraient favoriser des surprises.

Pour Paul Kagame, ces Mondiaux sont aussi une opportunité diplomatique.

Plusieurs chefs d’État africains et représentants d’organisations internationales, dont l’Union africaine et l’ONU, ont été invités à Kigali pour assister à certaines épreuves.

Le Rwanda espère se positionner comme un acteur clé du sport et de la diplomatie en Afrique, renforçant son influence sur la scène régionale.

« C’est une manière pour Kigali de consolider son image de pays stable et moderne, tout en affirmant son leadership politique », analyse Jean-Baptiste Niyonsenga, chercheur en relations internationales basé à Nairobi.