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Choléra à Kinshasa : les autorités locales et les ONG en état d’alerte face à la recrudescence des cas

Alors que la saison des pluies débute, Kinshasa est confrontée à une recrudescence inquiétante de cas de choléra. Entre mobilisation communautaire et soutien des ONG, la capitale congolaise tente d’enrayer la propagation d’une maladie qui menace les zones les plus vulnérables.

Kinshasa, 25 septembre 2025.

La ville-province de Kinshasa vit sous la menace d’une épidémie de choléra qui s’étend discrètement mais sûrement dans plusieurs communes périphériques.

Les autorités sanitaires ont confirmé la détection de plusieurs dizaines de cas depuis la mi-septembre, concentrés principalement dans les communes de Masina, Kinkole et Maluku.

Cette résurgence survient au moment où les pluies intenses commencent à inonder les quartiers précaires, provoquant la stagnation des eaux usées et l’effondrement de certaines latrines, conditions idéales pour la propagation de la maladie.

« Nous sommes face à une situation qui pourrait rapidement devenir incontrôlable si des mesures strictes ne sont pas appliquées dès maintenant », a déclaré Dr Mamy Nkoy, directrice provinciale de la santé à Kinshasa, lors d’un point de presse.

Le choléra n’est pas une nouveauté pour Kinshasa.

Depuis plusieurs années, la maladie réapparaît à chaque saison des pluies, en raison de la vulnérabilité structurelle des quartiers défavorisés, où les infrastructures d’assainissement sont quasi inexistantes.

Avec une population estimée à plus de 17 millions d’habitants, la capitale congolaise fait face à un défi sanitaire colossal.

Dans des zones comme Kingabwa et Mikondo, les familles vivent souvent à quelques mètres seulement de canaux d’évacuation des eaux usées. L’eau potable reste rare, obligeant de nombreux habitants à puiser dans des sources non protégées.

« Ici, nous savons que le choléra revient chaque année. Ce sont les enfants qui en souffrent le plus », témoigne Joséphine Mbala, mère de quatre enfants rencontrée à Kinkole, qui dit avoir perdu sa fille de 6 ans lors de l’épidémie de 2022.

Face à l’urgence, la Direction provinciale de la santé (DPS) a intensifié ses efforts.

Plusieurs centres de traitement du choléra (CTC) ont été réactivés dans les hôpitaux généraux de référence, notamment à Kintambo et Kingasani.

Des équipes mobiles ont été déployées pour la désinfection des points d’eau, la distribution de solutions chlorées et la sensibilisation porte-à-porte.

Les ONG jouent un rôle crucial dans cette riposte.

L’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) appuie les autorités dans la prise en charge médicale et la formation du personnel soignant.

Dans le même temps, des associations locales et des entreprises privées se mobilisent :

  • Un don de matériel médical et de produits d’assainissement a été remis à l’hôpital de Kintambo par une société locale,

  • Plusieurs groupes citoyens ont organisé des collectes pour acheter des kits d’hygiène destinés aux familles les plus exposées.

« La lutte contre le choléra ne peut réussir que si chaque acteur, public ou privé, s’implique. C’est une bataille collective », insiste Dr François Mwamba, coordonnateur d’un programme communautaire de santé dans la commune de Masina.

Au-delà des cas confirmés, l’épidémie a un impact profond sur la vie quotidienne des habitants.

Dans certaines écoles publiques, les cours ont été suspendus pendant plusieurs jours afin de désinfecter les locaux.

Dans les marchés de la ville, les commerçants constatent une baisse de fréquentation, la peur de la contamination dissuadant de nombreux clients. Selon les chiffres préliminaires de la DPS, près de 300 000 personnes pourraient être exposées si l’épidémie n’est pas maîtrisée dans les prochaines semaines.

Les quartiers densément peuplés, où l’accès à l’eau potable reste limité, sont considérés comme des foyers à très haut risque.

Le choléra est souvent décrit comme une « maladie de la pauvreté ».

À Kinshasa, il révèle la fragilité des infrastructures urbaines et la précarité dans laquelle vivent des millions de personnes.

Les experts rappellent que la prévention durable passe par des investissements lourds dans l’assainissement et l’accès à l’eau potable, au-delà des interventions d’urgence.

« Tant que nous continuerons à gérer cette crise uniquement dans l’urgence, nous verrons le choléra revenir chaque année », prévient Pr. Monique Kabeya, épidémiologiste à l’Université de Kinshasa.

La mairie de Kinshasa a lancé une campagne de communication intensive sur les gestes de prévention : lavage des mains, désinfection des aliments, et vigilance face aux symptômes.

Des équipes médicales supplémentaires sont attendues, grâce à l’appui du ministère national de la Santé et de partenaires internationaux.

En attendant, la population reste inquiète.Dans le quartier de Mikondo, les habitants se réunissent chaque soir pour échanger des informations et organiser la surveillance communautaire.

« Nous avons peur, mais nous essayons de nous protéger ensemble », confie Dieudonné Kalala, responsable d’une association locale.